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L'équipe de choc Par ordre d'apparition à l'écran : le Boulanger, le Webmaster et la Patronne.
AUTHENTIQUE : AVIS DE RECHERCHE
Le fil d'Ariane qui m'a conduit vers le pain n'est pas fait de cette fibre familiale qui contraint des générations à perpétuer une tradition, un savoir-faire professionnel.et pourtant. Bien que mon ascendance soit boulangère (père et grand-père), ma mère, reléguant le «métier » au fin fond de l'indignité humaine, ne m'offrit pas ce choix dans la liste des métiers à venir. Et c'est tant mieux ! Si la transmission filiale structure et renforce l'individu, elle est bâtie aussi de ces certitudes et de ces évidences qui contraignent, entravent sa liberté. Les ancêtres ne sont pas là pour nous plonger avec eux dans leurs passés, mais pour nous souffler l'inspiration, nous aider à glisser doucement et patiemment au fil de l'eau, portés par le courant de la vie.
Le Pain. C'est le consommateur qui en moi fit teinter la clochette. J'étais conditionné, manipulé, en route vers l'absorption future de ces fameux comprimés qu'on nous promettait comme panacée alimentaire. La porte ne s'ouvrit pas brusquement devant moi, il me fallut creuser patiemment, longuement. Je me vois à vingt ans en quête de pain. Pensant chez un boulanger de la ville, qui affichait des garanties d'authenticité, avoir trouvé la perle rare, je déchantais quelques semaines plus tard. Le produit était flatteur, mais ses charmes, trompeurs.décidément cette mie ne parlait pas. Où se cachait la terre dont elle était issue ? Ce pain portait-il la vie ou se nourrissait-il d'imaginaire. Mon corps parlait. Il réclamait sa dose d'authenticité. Une lutte implacable s'installa, mes sens ne voulaient accepter ce que mon esprit lui imposait. A cette foutue mécanique cérébrale qui enregistre, analyse, trie, transmet, qui se laisse tromper par la moindre sollicitation, je voulais réveiller mon animalité enfouie. Mes recherches demeuraient vaines. Je me vis contraint d'éloigner le pain du petit déjeuner et d'adopter les refrains pleins de bon sens des industriels de la nutrition. Allons-y pour les céréales «prêt à l'emploi ». Mais un jour où ma curiosité était en éveil, je trouvais la perle rare et peut être déjà le chemin de l'El Dorado : Le pain au levain. C'était un aliment renversant, au goût profond, profond comme un sillon qu'on creuse dans la terre, profond comme ces gestes venus du passé qui ont façonné la vie. Authentique... Un produit qui ne trompe pas son monde, rempli de ces vérités premières que nul esprit ne peut véritablement comprendre. La substance de l'univers peut elle être présente dans une seule bouchée de pain ? A partir de là, ma vie fut sensible au «vrai », je cherchais à faire remonter de façon déterminante des sédiments d'authenticité. Je cherchais une nouvelle voie à ma vie. Lors d'un voyage en Equateur, et cherchant le repos après une escapade en forêt amazonienne, je me vois encore dîner dans une pizzeria, au bord de l'océan Pacifique, tenue par un Italien qui faisait chanter son espagnol à la manière de Paolo Conte. Il avait construit de ses mains, un four circulaire en forme de dôme pour ses pizzas. Il trônait au milieu de la salle. Fabriqué de briques rouges, il tranchait comme une oeuvre d'un autre temps, un monument antique, posé là par quelques conquistadores nostalgiques, au milieu d'une architecture de bois et de bambou. Les feuilles de palmiers pénétrant par les larges ouvertures qui donnaient sur l'océan, ajoutaient une dernière touche d'exotisme. La présence intemporelle de ce four déclencha en moi une réaction en chaîne : je construirai mon four, je ferais du pain, j'en vivrai ! Mon intuition m'a conduit contre toutes raisons à prendre un tournant. Le départ de ce nouveau chemin se trouvait à la conjonction de diverses aspirations accumulées durant des années de vie. Ma détermination fut fulgurante et en quelques mois, je bouclais mon projet, démissionnait de mon emploi, sans remords. J'entrepris, en plus, de prendre le chemin le plus difficile : je serais artisan primitif, sans mécanique, sans artifice, ma seule énergie me porterait. Ma première fournée fut un bonheur : l'effort déployé, la magie de la transformation de la pâte, le «jeu » avec le feu, j'étais face à la dureté originelle. Manipulant une énergie subtile, extrayant la vie, façonnant le monde. J'étais un aventurier face à la montagne, j'étais la montagne ! Et l'odeur du pain sorti du four . magnifique, bouleversante. Cette odeur ouvrit un tiroir de ma mémoire qui me replongea dans ma prime enfance. Je me rappelle. Mon père m'avait emmené voir son meilleur ami de jeunesse, installé comme boulanger non loin de Perpignan. Il nous accueillit dans son fournil avec la franche chaleur des gens du midi. Cet homme avait une jovialité qui ne pouvait que séduire l'enfant du Nord réservé et timide. Je fus impressionné par la simplicité de son installation. L'endroit sombre et chaud me fait penser maintenant à l'atelier du forgeron ou encore à l'antre de la sorcière. Ça transpirait, ça luttait, ça créait. Et cette odeur de pain, . essence de terre. Confusément, je percevais l'importance de sa mission. Cet homme n'était pas Dieu. Il était passeur. Il était le lien entre la terre et l'homme. Simple, les pied plantés au sol, loin des futilités, loin du divin, le parfum de son fournil me parvient encore. Ce fil des générations, je le retrouve maintenant, je le suis. mais il s'étire aussi derrière moi. Trouver la vérité ? Non, plus simplement. Je viens de la terre, j'y retourne, je m'en approche, le pain me conduit.
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